Dans le complexe résidentiel où je vivais, tout le monde connaissait Crado. C’était notre chat de gouttière officiel. Dans la vie, Crado aimait trois choses : les bagarres, manger dans les poubelles et… l’amour, on va dire.

Combinées à une vie à l’extérieur, ces trois passions avaient laissées leurs traces sur lui Déjà, il lui manquait un œil, et là où il aurait dû se trouver il n’y avait qu’un trou. Du même côté, il lui manquait aussi une oreille, sa patte gauche avait dû être salement cassée à un moment et elle s’était ressoudée dans un angle bizarre, lui donnant l’impression de toujours vouloir prendre le prochain virage.

Crado devait être un chat tigré gris sombre, exception faite des cicatrices qui couvraient sa tête, son cou et même ses épaules. À chaque fois que quelqu’un voyait Crado, il avait la même réaction. « Qu’est-ce qu’il est CRADO, ce chat !!! »

On disait bien à tous les enfants de ne pas le toucher, les adultes lui lançaient des pierres, le chassaient à coup de jet d’eau, l’expulsaient quand il essayait d’entrer chez eux ou lui claquaient la porte sur la patte quand il ne voulait pas partir.